|
Compte-rendu du débat du 8 décembre 2006 portant sur la politique énergétique en France, en Europe et dans le monde. Organisé par le Parti communiste de la région Alsace, le débat du 8 décembre dernier sur l’avenir énergétique de notre société a réuni cinq intervenants de différentes organisations politiques, syndicales et associatives : Georges Monsonego, du PCF ; Michel Bourguet, des Verts, J. Emmanuel Legoff, du PS ; J. Marc Koffel, de la CGT Mines et énergie, et Rémi Verdet, de « Stop transport, halte au nucléaire ». Ils ont longuement développé leurs points de vue sur l’avenir de la politique énergétique. Introduction: Aujourd'hui, toute la planète est entrée dans une période de turbulence énergétique. Parce que l'énergie est devenue un droit pour tous, il va falloir répondre aux besoins des 3 milliards d'hommes supplémentaires qui vont peupler la terre d'ici 2050. Il faudra aussi réduire les inégalités énergétiques insupportables pour permettre à tous les pays de se développer. Si rien ne modifie les tendances et les politiques existantes, la demande mondiale d'énergie devrait au moins doubler d'ici 2050, la consommation finale de l'Europe devrait augmenter de 30 % en 2030 par rapport à 2000 et celle de la France devrait croître de 23 % en 20 ans. En résumé, cette soif d'énergie correspond à trois fois la production du parc de production énergétique planétaire. Elle se heurte aujourd'hui à deux contraintes inédites dans l'histoire de l'Humanité. Le réchauffement climatique engendré par les émissions de gaz à effet de serre provenant principalement de la combustion des ressources fossiles (charbon, pétrole, gaz), menace les organisations humaines de la planète. Face à ce phénomène, tous les pays doivent être solidaires. Pour limiter aux risques acceptables les conséquences de ce réchauffement, les pays développés devraient diviser par 4 leurs émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050. Ils doivent donc réduire l'utilisation énergétique des ressources fossiles (surtout le pétrole). Quelles sont les solutions envisageables ? Quels enjeux doivent être pris en compte ? Une autre réalité vient renforcer la contrainte climatique. Alors que la mondialisation capitaliste repose sur des transports bons marché utilisant le pétrole, les prix de ce dernier ne cesse de grimper sans que personne ne puisse prévoir à quel niveau ils s'arrêteront. Cette conjoncture a de nombreuses causes qui sont tout à la fois naturelles et politiques. Le pétrole que nous utilisons aujourd'hui, produit de la décomposition de la biosphère en surface, s'épuise alors que, face à l'augmentation de la demande poussée par l'Asie (la Chine et l'Inde, soit plus du tiers de l'humanité) et des Etats-Unis, l'approvisionnement en pétrole se fait aujourd'hui à flux tendu. L'écart entre l'offre et la demande ne peut que croître. Régulés par le marché, les prix des carburants ne sont plus maîtrisés et sont devenus sensibles au moindre frémissement géopolitique dans n'importe quel coin de la planète. Certains pays producteurs d'hydrocarbures veulent contrôler leurs réserves et percevoir un juste prix de leurs exportations. Des dirigeants de grands pays importateurs considèrent que la solution peut se trouver dans le recours à la guerre pour maîtriser les ressources pétrolières et gazières du Moyen-Orient entre autre.
Devant cette triple conjoncture du réchauffement climatique, d'épuisement des hydrocarbures et d'une demande croissante d'énergie, l'Humanité se trouve devant une impasse qu'elle doit surmonter. Elle doit inventer un autre développement, durable, susceptible de répondre aux besoins de tous les habitants de la Terre.
Il s'agit d'une mutation gigantesque qui sera d'autant mieux maîtrisée, qu'elle sera anticipée par un effort accru de recherche et une appropriation sociale des questions de l'énergie. • Notre pays a son rôle à jouer dans l'émergence d'un autre type de développement. Lequel ? • L'amélioration de l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables seront-elles suffisantes pour répondre aux besoins d'énergie, notamment d'électricité ? • Peut-on se passer de l'énergie nucléaire ? • L'Est de la France est-il à même de maîtriser tous ces enjeux ? • La maîtrise sociale des questions énergétiques est-elle compatible avec une régulation par le marché, la concurrence et la privatisation des entreprises du secteur public ? Telles sont les questions qui sont débattues au cours de cette réunion… Une cinquantaine de personnes a nourri ce débat de près de 3 heures, riche de nombreuses interventions, parfois avec des certitudes, mais aussi des interrogations fort pertinentes : Ø Quel mode de développement pour les pays émergents afin d’assurer l’énergie à toute la population de la planète ? Ø Quelles énergies faudrait-il développer afin de limiter les gaz à effets de serre et respecter les accords de Kyoto ? Ø Suffirait-il de développer les énergies renouvelables dans leurs diversités pour pouvoir se passer du nucléaire ? Ø Faut-il fermer Fessenheim ? Le débat a rapidement porté sur ce dernier point. Si pour les Verts et les anti-nucléaires, il est impératif de fermer dès 2007 la plus ancienne centrale nucléaire de notre pays, pour des raisons de sécurité, et stopper toute nouvelle construction, il n’en va pas de même pour d’autres intervenants. En effet, certains pensent qu’étant donné que les réacteurs ont été conçus pour une durée de vie de 40 ans, il n’y a pas d’urgence et qu’il faut auparavant parer au remplacement de l’énergie produite par cette centrale. Comment ? Dans le cadre d’un service à 100% public avec la création d’un pôle public de l’énergie, et ceci afin d’assurer et de garantir la sécurité dans la transparence et de permettre un contrôle public. Tous sont d’accord pour accélérer la recherche afin de développer les énergies renouvelables, la géothermie, l’éolien, le solaire, le bio gaz etc. Mais pour le Parti communiste et la CGT, les recherches réalisées dans ce domaine à ce jour, ne permettraient pas de produire plus de 30% des besoins de la population. Ils assurent que pour produire une électricité sans émission de gaz à effets de serre, répondre aux besoins de la population et réduire les inégalités, il n’y a pas aujourd’hui de solution sans le nucléaire. Tous sont d’accord pour dire qu’il faut consommer et produire autrement. Exemple : limiter les transports routiers par la mise en chantier du ferroutage et la mise à gabarit des voies d’eau (canal Rhin-Rhône, Saône-Rhin…), ou encore favoriser la recherche de nouveaux matériaux de construction qui permettraient une isolation maximum des bâtiments. Bien sûr, économie d’énergie ne doit pas signifier revenir au Moyen-âge et à la bougie. Quoique l’un des intervenants propose de remplacer les tracteurs par des chevaux (et avec ça il faut combattre la faim dans le monde !). En conclusion, les Verts et les anti-nucléaire demandent la fermeture de Fessenheim en 2007 et l’arrêt de tout nouveau programme nucléaire. Ils préconisent également de consommer moins (l’association Stop Fessenheim demande l’augmentation des tarifs), de limiter les déplacements (éviter les voyages en avion par exemple), pensant que les énergies renouvelables répondraient à elles seules aux besoins en énergie de la planète. Pour le représentant du PS, le nucléaire est la moins mauvaise des énergies. Cette question faisant débat au sein du PS, il déplore les concessions faites aux Verts sur Creys Malville et le canal à grand gabarit. En ce qui concerne le PCF et la CGT, le nucléaire est incontournable encore pour de nombreuses années, et il est peut-être nécessaire de penser aux nouvelles générations de centrales qui produiront moins de déchets. L’énergie n’étant pas une marchandise comme une autre, mais un bien public, c’est pour cette raison qu’il faut se doter d’un pôle public de l’énergie dans lequel EDF et GDF seraient à 100% public. Par ailleurs, les moyens alloués actuellement au secteur de la recherche en vue de développer d’autres énergies sont nettement insuffisants, il faudrait quasiment doubler ce budget. Enfin, pour finir, le PCF propose un grand débat citoyen sur la question de l'énergie (débat confisqué dès le début, qui met en cause la démocratie) qui déboucherait sur un référendum, et pour lequel les Français et les Françaises s’exprimeraient en connaissance de cause. Tous les participants ont eu un réel intérêt pour ce débat et ont remercié le Parti communiste français pour avoir été à l’initiative de cette soirée.
|
||||
|
|
|
|
||||||||||||||||||||
|
|
|
|
||||||||||||||||||||
|
|
|
|
|
|
||||||||||||||||||